Véhicule utilitaire ou véhicule de tourisme ? L’achat ou la location d’un véhicule est l’une des décisions les plus fréquentes dans la vie d’une entreprise — et l’une des plus lourdes de conséquences fiscales et sociales. Entre un véhicule utilitaire et un véhicule de tourisme, les écarts de traitement portent sur la TVA, les taxes annuelles, les plafonds d’amortissement et l’avantage en nature. Voici les règles à connaître avant de signer, mises à jour des dernières évolutions réglementaires.

Véhicule utilitaire ou véhicule de tourisme : camion de livraison en ville

100 %TVA récupérée sur un utilitaire
0 €Taxe annuelle pour un utilitaire
9 900 €Plafond d’amortissement le plus bas (VP)
15 %Avantage en nature (véhicule acheté)

Véhicule utilitaire ou véhicule de tourisme : comment les distinguer ?

La distinction ne dépend ni de la marque ni de l’usage réel, mais de la catégorie inscrite sur la carte grise (certificat d’immatriculation, mention J.1) :

Le véhicule utilitaire léger (VUL) est conçu pour un usage professionnel, commercial ou industriel : transport de marchandises, de matériel, éventuellement de personnes. Son poids total autorisé en charge ne dépasse pas 3,5 tonnes. Sa carte grise porte la mention VU ou CTTE. Les véhicules dérivés VP (« DERIV VP », deux places sans banquette arrière) sont assimilés à des utilitaires.

Le véhicule de tourisme, ou véhicule particulier, est une voiture ordinaire, identique à celles des particuliers. Sa carte grise porte la mention VP.

TVA : l’avantage net de l’utilitaire

Véhicule utilitaireVéhicule de tourisme
TVA sur l’achat ou les loyersRécupérableNon récupérable
Carburant — essenceDéductible à 80 %Déductible à 80 %
Carburant — gazoleDéductible à 100 %Déductible à 80 %
ÉlectricitéDéductible à 100 %Déductible à 100 %

La TVA non récupérable sur un véhicule de tourisme représente un surcoût définitif de 20 % : sur un véhicule à 30 000 € TTC, ce sont 5 000 € de TVA perdus par rapport à un utilitaire équivalent.

La brèche du rescrit du 30 avril 2025 : récupérer la TVA sur un véhicule de fonction

Une évolution majeure est passée relativement inaperçue. Tirant les conséquences de l’arrêt QM de la Cour de justice de l’Union européenne (20 janvier 2021), l’administration fiscale admet désormais, par un rescrit publié le 30 avril 2025, que lorsqu’un véhicule est destiné dès son acquisition à être mis à la disposition permanente d’un salarié avec une contrepartie stipulée, la TVA d’acquisition est intégralement déductible — sans abattement pour l’usage privé.

Trois formes de contrepartie sont reconnues : le prélèvement sur salaire, la renonciation à un avantage identifié, ou un système de points convertibles. En contrepartie, l’entreprise doit collecter la TVA sur les sommes perçues, et le dispositif doit être documenté (avenant au contrat de travail, traçabilité des flux). Les mises à disposition gratuites restent exclues du droit à déduction, et un montant de contrepartie artificiellement bas expose à un redressement. Pour les véhicules déjà en parc et réaffectés à ce type de dispositif, une régularisation partielle de la TVA initiale est possible sur la période de cinq ans suivant l’acquisition.

💡 Le conseil ADVISEOCe montage transforme l’économie d’un véhicule de fonction, mais il se structure avec précaution : contrepartie réaliste, avenant au contrat de travail, collecte de TVA. À chiffrer avec votre expert-comptable avant toute mise en place.

Taxes annuelles sur les véhicules de société (ex-TVS)

La taxe sur les véhicules de société (TVS) a été remplacée par deux taxes annuelles sur l’affectation des véhicules à des fins économiques : une taxe assise sur les émissions de CO₂ et une taxe sur les émissions de polluants atmosphériques.

Véhicule utilitaire ou véhicule de tourisme : ici aussi, la carte grise commande. Le principe reste le même que du temps de la TVS : les véhicules utilitaires n’y sont pas soumis, les véhicules de tourisme le sont, avec un montant croissant selon les émissions de CO₂. Les véhicules exclusivement électriques en sont exonérés.

Amortissement : des plafonds de déduction pour les véhicules de tourisme

L’amortissement d’un véhicule de tourisme n’est déductible du résultat que dans la limite d’un plafond, fonction des émissions de CO₂ :

Émissions de CO₂ (norme WLTP)Plafond de déductibilité
Moins de 20 g/km30 000 €
De 20 à 49 g/km20 300 €
De 50 à 160 g/km18 300 €
Plus de 160 g/km9 900 €

La fraction de l’amortissement (ou des loyers, en cas de location longue durée) qui excède ce plafond fait l’objet d’une réintégration fiscale : elle augmente le bénéfice imposable. Un véhicule thermique haut de gamme à fortes émissions coûte donc fiscalement bien plus cher que son prix d’achat ne le laisse paraître. Les véhicules utilitaires, eux, s’amortissent sans plafond.

Avantage en nature : des barèmes fortement relevés depuis février 2025

Lorsqu’un dirigeant ou un salarié utilise à titre privé un véhicule de tourisme mis à disposition par l’entreprise, cet usage constitue un avantage en nature, soumis à cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu. L’arrêté du 25 février 2025 a profondément rehaussé l’évaluation forfaitaire pour les véhicules mis à disposition à compter du 1er février 2025 :

SituationAvant le 01/02/2025Depuis le 01/02/2025
Véhicule acheté (5 ans ou moins)9 % du coût d’achat15 % du coût d’achat
Véhicule acheté (plus de 5 ans)6 % du coût d’achat10 % du coût d’achat
Location, carburant non pris en charge30 % du coût global annuel50 % du coût global annuel
Location, carburant pris en charge (option globale)40 % du coût global annuel67 % du coût global annuel

Le cas favorable du véhicule électrique : pour un véhicule 100 % électrique mis à disposition entre le 1er février 2025 et le 31 décembre 2027 et respectant l’éco-score minimal, les frais d’électricité payés par l’employeur sont exclus du calcul, et l’évaluation forfaitaire bénéficie d’un abattement de 70 %, plafonné à 4 641,60 € par an (valeur 2026). L’électrique reste ainsi, de loin, la solution la plus douce en matière d’avantage en nature.

Pour le détail des règles et les cas particuliers (restitution du véhicule le week-end, véhicule utilitaire utilisé exclusivement à titre professionnel…), consultez la page de référence Les avantages en nature — Urssaf.fr.

Attention aux cas particuliers

Véhicules deux places avec points d’ancrage : la carte grise ne suffit pas

C’est le piège classique des « dérivés VP ». La doctrine administrative (BOFiP, BOI-TVA-DED-30-30-20) compte les rangs de places assises en incluant toutes les places que le véhicule est « susceptible de comporter après une manipulation aisée » — et considère cette condition remplie dès lors que des points d’ancrage accessibles permettent de réinstaller une banquette. Un deux-places dont les ancrages d’origine restent utilisables est donc traité comme un véhicule de tourisme (TVA non récupérable, taxes annuelles dues), même si sa carte grise indique une catégorie utilitaire.

⚠️ Attention aux transformations réversiblesPour écarter le risque de requalification, les ancrages doivent être neutralisés de façon permanente : plaques de recouvrement soudées ou équipements fixes non démontables avec des outils courants. Une transformation simplement réversible s’expose en cas de contrôle.

Pick-up : tout dépend du nombre de places

Les pick-up à double cabine comportant 5 places assises sont soumis aux taxes annuelles depuis le 1er janvier 2019 ; ceux de 4 places au maximum ne le sont pas. Côté TVA, seuls les pick-up à simple cabine (2 places, éventuellement complétées de strapontins) ouvrent droit à déduction.

Et pourquoi pas une moto ou un scooter de société ?

Le deux-roues d’entreprise s’amortit sur quatre ou cinq ans, comme une voiture, et les loyers de leasing sont déductibles. Atout notable : n’étant pas immatriculé en catégorie VP, il échappe aux plafonds de déductibilité des véhicules de tourisme — l’amortissement se déduit en totalité.

En revanche, la TVA n’est récupérable ni sur l’achat ni sur l’entretien ; sur le carburant, les taux sont identiques à ceux des véhicules de tourisme. La TVA sur les péages reste récupérable, à condition que le ticket mentionne l’identification complète de la société.

Exemple chiffré : le vrai coût comparé d’un véhicule à 30 000 €

Pour mesurer concrètement l’écart entre véhicule utilitaire ou véhicule de tourisme, prenons un véhicule acheté 30 000 € TTC (soit 25 000 € HT et 5 000 € de TVA), utilisé par un dirigeant ou un salarié.

En version utilitaire

Les 5 000 € de TVA sont récupérés dès l’acquisition : le coût réel tombe à 25 000 €. L’amortissement se déduit intégralement, sans plafond. Aucune taxe annuelle n’est due, et si le véhicule est utilisé exclusivement à titre professionnel, aucun avantage en nature n’est à déclarer.

En version tourisme thermique

Les 5 000 € de TVA sont définitivement perdus. Si le véhicule émet par exemple 120 g de CO₂/km, l’amortissement n’est déductible qu’à hauteur de 18 300 € : les 11 700 € restants sont réintégrés fiscalement au fil des exercices, soit environ 2 340 € par an de bénéfice imposable supplémentaire sur cinq ans — près de 585 € d’impôt en plus chaque année pour une société à l’IS au taux de 25 %. S’ajoutent les taxes annuelles sur l’affectation des véhicules, dont le montant croît avec les émissions de CO₂. Et en cas d’usage mixte, l’avantage en nature forfaitaire atteint 4 500 € par an (15 % de 30 000 €), soumis à cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu du bénéficiaire.

En version tourisme électrique éligible

La TVA reste non récupérable, mais tout le reste s’allège : plafond d’amortissement porté à 30 000 € (émissions inférieures à 20 g/km), donc aucune réintégration ; exonération des taxes annuelles ; et l’avantage en nature chute de 4 500 € à 1 350 € par an grâce à l’abattement de 70 %. Sur cinq ans, l’écart de coût global entre un tourisme thermique et son équivalent électrique se chiffre en milliers d’euros — avant même de parler de carburant.

Bornes de recharge : des exonérations à connaître jusqu’à fin 2027

Le passage à l’électrique soulève une question pratique : qui paie la recharge, et avec quelles conséquences sociales ? Le régime applicable jusqu’au 31 décembre 2027 est particulièrement favorable :

SituationTraitement de l’avantage en nature
Borne installée sur le lieu de travailAvantage nul, y compris pour l’électricité consommée
Borne au domicile du salarié, restituée à la fin du contratPrise en charge par l’employeur négligée (aucun avantage)
Borne au domicile, conservée par le salariéExclusion de cotisations à hauteur de 50 % des dépenses, plafonnée à 1 057,10 € (75 % et 1 585,50 € si la borne a plus de 5 ans)
Autres frais liés à la borne (entretien, location hors électricité)Exclusion à hauteur de 50 % des dépenses réelles
Électricité payée par l’employeur pour un véhicule personnel ou hybrideRéintégrée dans l’assiette des cotisations

À noter : pour un véhicule 100 % électrique de fonction, l’électricité payée par l’employeur n’entre jamais dans le calcul de l’avantage en nature. En revanche, la prise en charge de l’électricité d’un véhicule personnel ou d’un hybride rechargeable constitue bien un avantage soumis à cotisations — une nuance souvent ignorée qui ressort en contrôle URSSAF.

En résumé : quel véhicule pour quel usage ?

Si l’activité le permet, l’utilitaire est presque toujours le plus avantageux : TVA récupérable, pas de taxes annuelles, amortissement sans plafond, et pas d’avantage en nature en cas d’usage strictement professionnel. Le véhicule de tourisme se justifie quand le confort et l’usage mixte priment — et dans ce cas, l’électrique cumule les faveurs fiscales et sociales actuelles : exonération des taxes annuelles, plafond d’amortissement majoré et abattement de 70 % sur l’avantage en nature.

Questions fréquentes

Comment savoir si mon véhicule est un utilitaire ou un véhicule de tourisme ?

Regardez la rubrique J.1 de la carte grise : VP désigne un véhicule de tourisme, VU ou CTTE un utilitaire. C’est cette mention, et non l’usage réel, qui tranche entre véhicule utilitaire ou véhicule de tourisme sur le plan fiscal.

La TVA est-elle récupérable sur un véhicule de tourisme ?

En principe non, ni sur l’achat ni sur les loyers — seul le carburant ouvre droit à une déduction partielle (80 %) et l’électricité à une déduction totale. Par exception, depuis le rescrit du 30 avril 2025, la TVA devient intégralement déductible lorsque le véhicule est mis à la disposition permanente d’un salarié moyennant une contrepartie stipulée (retenue sur salaire notamment), l’entreprise collectant alors la TVA sur cette contrepartie.

Combien « coûte » un véhicule de fonction en avantage en nature en 2026 ?

Pour un véhicule thermique acheté et mis à disposition depuis le 1er février 2025, l’évaluation forfaitaire est de 15 % du coût d’achat par an (20 % si l’entreprise prend en charge le carburant). Un véhicule électrique éligible bénéficie d’un abattement de 70 % plafonné à 4 641,60 € par an.

Check-list avant d’acheter

  J’ai vérifié la catégorie du véhicule (mention J.1 de la carte grise : VP, VU ou CTTE)

  J’ai calculé la TVA récupérable selon le type de véhicule et de carburant

  J’ai anticipé les taxes annuelles et le plafond d’amortissement selon les émissions de CO₂

  J’ai chiffré l’avantage en nature en cas d’usage mixte (barèmes 2025 relevés)

  Pour un dérivé VP : les points d’ancrage sont neutralisés de façon permanente

JR

Julien Royer

Expert-comptable · Fondateur d’ADVISEO

Major national au diplôme d’expertise comptable, Julien rédige et valide l’ensemble des contenus fiscaux et comptables de ce blog.

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